La Prison des Esclaves, Malte

Référent : Diane Roussel  - Publié le 16/03/2026  - Dernière modification le 16/03/2026

Contributeurs : Sophie Victorien, Céline Dago, Ethan Naal



Valletta Citta Nova di Malta
Éditeur / Graveur : Matthäus Merian Gravure sur cuivre 33 x 38 cm, imprimé à Francfort vers 1638. La gravure représente une vue cartographique de La Valette accompagnée d’une légende à 41 points, publiée dans l’ouvrage Topographia de M. Merian. Un cartouche orné contient une carte de Malte et de Gozo, tandis qu’une rose des vents indique la position de Malte par rapport à l’Italie et à la Sicile. La Prigione dei Schiavi est visible vers le centre gauche de l’image, el
Source : Matthäus Merian 1638
Flats Valletta 2016
La photographie représente le corps de bâtiments actuel construit en 1950 sur l’emplacement de l’ancienne prison
Source : wikipédia

Adresse :

St.Ursula Street
LA VALETTE

Ouvert au public : Non

  • Identité
    • Localisation : Malte, La Valette
    • Date de Construction : 1581 – 1585
    • Période de fonctionnement : 1585-1940
    • Particularités :

      Cette fiche est issue d'un travail effectué par les étudiantes et les étudiants du Master Histoire de l'Université Gustave Eiffel, dans le cadre du séminaire "Lieux de pouvoir : lieux de justice en ville", coordonné par Diane Roussel (2024-2025).

      À l’époque moderne, l’esclavage à Malte sous l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean joue un rôle central dans l’organisation sociale et économique de l’île. Les chevaliers, engagés dans une guerre de course contre les navires ottomans et barbaresques, capturent de nombreux marins et passagers qu’ils réduisent en esclavage. Ces captifs sont ensuite affectés à divers travaux : certains deviennent rameurs sur les galères, d’autres travaillent dans la construction des fortifications, servent comme domestiques dans les résidences de l’Ordre ou encore cultivent les terres. Une partie des esclaves est également revendue sur les marchés d’Italie ou d’Espagne. La population esclave, principalement composée de Nord-Africains et d’Orientaux musulmans, mais aussi de chrétiens des Balkans ou de Grèce, constitue une main-d’œuvre indispensable au fonctionnement de l’île.

      Dans ce contexte, la Prigione degli Schiavi, aussi appelée Bagno degli Schiavi, ou encore Gran Prigione est un élément clé du dispositif de contrôle mis en place par l’Ordre. Le bâtiment rassemble une population carcérale masculine comprenant non seulement des esclaves mais aussi certains hommes libres condamnés. Lieu de détention pour les captifs de guerre, c’est aussi un espace de garde où les esclaves appartenant à des particuliers doivent impérativement passer la nuit. Cette obligation permet d’empêcher les révoltes et les évasions, tout en garantissant une stricte autorité des chevaliers sur l’ensemble de la population esclave. La prison comprend plusieurs infrastructures : deux chapelles pour les chrétiens, une mosquée pour les musulmans, ainsi que des espaces communs comme des tavernes et des boutiques de tailleurs et de barbiers. La cour intérieure, accessible aux habitants, sert aussi de marché où se vendent des produits venus du Levant.

      Malgré leur condition, les esclaves développent une forme de vie communautaire à l’intérieur de la ville et de la prison. En effet, la prison était un espace de sociabilité important pour les esclaves qui partagent pour certains la même religion, la même langue et la même origine géographique, notamment par la présence d'espace pour prier et se réunir librement. Certains exercent des activités artisanales et gagnent un peu d’argent, ce qui leur permet parfois d’améliorer leur condition ou même d’acheter leur liberté. La proximité avec la population locale facilite l’apprentissage de la langue et, dans de rares cas, une certaine intégration sociale. Cependant, la menace de révolte reste constante. En 1749, un groupe d’esclaves tente de prendre le contrôle de l’île et de la remettre aux Ottomans, mais le complot est découvert et réprimé. À la suite de cet événement, l’Ordre renforce les mesures de surveillance et restreint encore davantage les libertés des esclaves.


    • Fonctions :
      • 1585 À 1798 - Lieu de détention

      • 1804 À 1819 - Hôpital naval

      • 1806 À 1984 - Entrepôt

  • Dates-clés
    • 1585 - Établissement de la Prigione degli Schiavi qui sert de principal centre de détention de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

    • 1615 - La prison est un des premiers bâtiments de La Valette à être raccordé à l’eau courante grâce à l’aqueduc de Wignacourt.

    • 1749 - Mise en place d’un décret d’enfermement nocturne de tous les esclaves emprisonnés, à la suite à la suite de la découverte et la neutralisation d’un projet de révolte des détenus.

    • 1798 - Invasion de l’île par Napoléon Bonaparte qui abolit officiellement l’esclavage, la Prigione degli Schiavi devient obsolète.

    • 1804 - 1819 - La prison est convertie temporairement en hôpital naval.

    • 1806 - Une partie de la prison est convertie en entrepôt par un marchand de vin nommé Woodhouse.

    • 1824 - Démolition d’une partie de la prison sur laquelle est prévue la construction d’une église protestante ; le projet est abandonné.

    • 1940 - Fermeture.

    • 1941 - 1945 - Bombardement du bâtiment pendant la Seconde Guerre mondiale.

    • 1950 - Construction sur les ruines d’un grand immeuble résidentiel.

  • Personnes liées à l’établissement

      CASSAR, Girolamo

      Dates : ca1520-ca1592

      Statut : architecte


      Biographie

        Ingénieur militaire et architecte de plusieurs bâtiments à La Vallette (Malte).

      CASSAR, Girolamo (architecte) (ca1520-ca1592)

      LOUBENX DE VERDALLE, Hugues

      Dates : 1531-1595


      Biographie

      LOUBENX DE VERDALLE, Hugues (1531-1595)

  • Statistiques
  • Ressources

    • Bibliographie
      • Bonello Giovanni, Histories of Malta: Figments and fragments, Malta, 2000, p. 48.

        Bonnici Alexander, « Superstitions in Malta. Towards the Middle of the Seventeenth Century in the light of the Inquisition Trials », Melita Historica, vol. 4, n°. 3, Malta 1966, p. 145-183.

        Borg-Muscat David, Prison life in Malta in the 18th century. Valletta’s Gran Prigione, Storja, Malta 2001, p. 42-51.

        Brogini Anne, « L’esclavage au quotidien à Malte au xvie siècle », Cahiers de la Méditerranée, 65, 2002, p. 137-158.

        Cassar Paul, « A medical service for slaves in Malta during the rule of the Order of St John of Jerusalem », Medical History, vol. 12, Issue 3, Malta, 1968.

        Cutajar Nathaniel et Spiteri Mevrick, « Ottoman coffee cups from 18th century Birgu and Valletta », Tesserae, Issue 8, Malta 2019, p. 38-45.

        De Boisgelin Louis, Ancient and Modern Malta, London 1805, p. 319, disponible sur archive.org : https://archive.org/details/b22008093_0002

        Wettinger Godfrey, Slavery in the Islands of Malta and Gozo ca. 1000-1812, Malta, 2002, p. 85-98, p. 123-5.