Palais de justice de Créteil

Référent : Caroline Soppelsa - Publié le 12/02/2018

Contributeurs : Hugo Massire, La Manufacture du Patrimoine, Caroline Soppelsa



Palais de justice de Créteil. Façade principale, 13 juin 2007
Source : © Sam67fr / Wikimedia Commons
J.-N. Duchateau, Créteil. Le palais de justice, carte postale (éd. Raymon), s.d. [fin des années 1970].
Source : © Collection particulière

Adresse

rue Pasteur Vallery Radot
CRÉTEIL

Ouvert au public : Oui

  • Identité
    • Localisation : France, Île-de-France, Val-de-Marne, Créteil
    • Date de Construction : 1976-1978
    • Période de fonctionnement : 1978-aujourd'hui
    • Particularités :

      Le palais de justice de Créteil est situé à l'ouest de la commune, sur un terrain sensiblement quadrangulaire d'1,8 hectare de superficie, situé en lisière de l'autoroute A86. La partie occidentale du site, la plus proche de la voie rapide, est occupée par un parking de plein-air d'environ 200 véhicules, réservé au personnel. Une allée monumentale mène à une tour de 16 étages, signal architectural constituant un point de repère visible depuis de nombreux points du territoire communal. De l'autre côté de la tour, sur la moitié orientale du terrain, s'étend un bâtiment bas formant une composition symétrique, comprenant les locaux accessibles au public et en particulier les salles d'audience, qui surmontent un parking souterrain. Situé face à la sortie de la galerie commerciale du palais, l'accès général au palais de justice est encadré par deux bassins d'ornement dotés de jets d'eaux, et un ensemble de jardins plantés.

      Emprunte d'une solennité accentué par la symétrie général de l'édifice, l'entrée du palais de justice s'effectue, après le passage entre les fontaines, par un sas orné de deux portes en métal dues au sculpteur Pierre Sabatier. Le visiteur pénètre alors dans le hall des pas perdus, baptisé rue de la justice par les architectes. Couvert par une verrière zénithale, cet espace d'accueil fait l'objet d'une composition particulièrement soignée, les bases des douze poteaux en béton armé s'évasant en alcôves dotées de banquettes, préservant une certaine intimité pour l'attente et la discussion. Le hall donne accès aux équipements encadrant les deux bassins extérieurs : au sud, le restaurant de 200 places destiné au personnel, et au nord la cafétéria du public. Une garderie, un bureau de poste et un drugstore sont également proposés, à l'origine, aux visiteurs. Située dans l'axe du hall d'entrée, une passerelle permet d'accéder à la tour. Le rez-de-chaussée du bâtiment bas est sinon dévolu aux assises et au parquet, qui occupe la partie nord autour de la grande salle d'audiences. La partie sud accueille quant à elle deux salles d'audiences pénales et les locaux du tribunal de police. Des escaliers donnent accès à quelques locaux en mezzanine. Le rez-de-chaussée surmonte sinon deux niveaux de rez-de-jardin. Le niveau inférieur, en grande partie enterré, est à usage de locaux techniques, d'archives et de parking souterrain ; seule la partie occidentale est aménagée en bureaux destinés au service d'application des peines et à l'ordre des avocats. Le niveau supérieur du rez-de-jardin comprend également de vastes locaux d'archives ainsi que les services sociaux et le tribunal des mineurs. C'est à ce niveau que sont amenés les détenus, la salle des gardes ainsi que les cellules étant situées en cœur d’œuvre. Des escaliers et des ascenseurs dédoublés permettent d'amener directement les détenus aux salles d'audience, sans jamais les mêler à la circulation du public.

      Haute de 16 étages et de ce fait classée dans la catégorie des IGH (immeubles de grande hauteur), la tour suit un plan en V largement ouvert. Les deux niveaux de son soubassement sont occupés par des locaux techniques, ainsi que ceux destinés au traitement du courrier et à la sécurité incendie. Accessible au public depuis le bâtiment bas via une passerelle, le rez-de-chaussée est pour l'essentiel occupé par le hall d'accueil et des espaces d'attente, ainsi que par l'aide judiciaire. Le premier niveau comprend les salles d'audience, de réunion et d'instruction des affaires familiales. Le reste du bâtiment, soit quinze étages, est réservé au fonctionnement administratif du palais de justice : y sont logés les services d'administration générale.

      Contraints par l'économie générale du projet, les architectes ne mettent pas en œuvre des formules structurelles audacieuses ; le palais de justice de Créteil mêle cependant l'emploi d'éléments préfabriqués, pour le bâtiment bas, avec une expression franche de l'ossature pour l'IGH, les murs de refend étant coulés en continu grâce à des coffrages glissants. Le bâtiment bas adopte une échelle humaine dans sa recherche de détails esthétiques et constructifs et dans sa variété d'aspect matérielle, la pierre reconstituée étant mêlée au béton de gravillon de quartz blanc. L'IGH s'affirme quant à lui par sa silhouette  exprimée par les fortes verticales des murs de refend, ceux entourant les cages d'ascenseurs formant une proue évoquant le fléau de la balance de la justice. Le traitement en couronnement de l'attique oppose une horizontale franche à cet élancement vers le ciel.

      Terminée en 1978 au terme d'une histoire opérationnelle mouvementée, le palais de justice de Créteil est l'une des rares cités judiciaires réalisées pendant les Trente Glorieuses, période pourtant prolifique en matière de construction publique : on rapprochera ainsi l’œuvre de Badani et Roux-Dorlut de l'ambitieux projet de l'architecte Jean Willerval pour le palais de justice de Lille, mis en service en 1968. Au contraire du palais de justice de Nanterre, construit par André Wogenscky à côté de la nouvelle préfecture des Hauts-de-Seine, le palais de justice de Créteil participe d'une volonté de dissémination des équipements publics dans la plupart des nouveaux quartiers du chef-lieu du Val-de-Marne. Les différents composants de la cité administrative commandée aux deux architectes en 1965 (préfecture, palais de justice, archives départementales) affirment ainsi chacun un langage architectural singulier et propre à l'expression du programme, tout en exprimant la culture technique et constructive de l'époque.

      Si, économies budgétaires obligent, le palais de justice de Créteil ne permet pas l'emploi de procédés innovants ou expérimentaux, le recours intensif à la préfabrication en fait un bon témoin de la culture constructive des Trente Glorieuses et de la recherche d'un chantier particulièrement rapide et au coût maîtrisé. L'utilisation d'éléments sériels n'obère par ailleurs pas la qualité plastique de l'ensemble, tant sur une vision lointaine que proche : la silhouette massive de l'IGH exprime ainsi la solennité et le caractère officiel des lieux, ponctuant par sa présence la ligne de ciel du Nouveau Créteil. À l'échelle du piéton, l'architecture se fait plus aimable par l'aménagement paysager des abords et par le traitement de la séquence d'accès au bâtiment animée par des fontaines et les portes sculptées de Pierre Sabatier. Lumineux, le hall entend rompre avec l'austérité habituelle des salles des pas perdus des palais de justice, les services destinés au public (garderie, cafétéria, drugstore) étant immédiatement accessibles. La participation du décorateur Pierre Guariche – qui compte parmi les ensembliers les plus fameux des années 1960-1970 – atteste de la volonté de renouvellement de l'image de la justice par des formes caractéristiques de la modernité. On mentionnera par ailleurs la sculpture murale de l'artiste suédois Bengt Olson, collaborateur régulier de Badani et Roux-Dorlut, qui orne la façade sud du bâtiment bas.

       

    • Statut patrimonial : labellisé "Patrimoine du 20e siècle"

    • Fonctions :
      • 1978 à aujourd'hui - tribunal de grande instance

      • 1978 à aujourd'hui - cour d'assises

      • 1978 à aujourd'hui - tribunal pour enfants

  • Dates-clés
    • 10 juillet 1964 - Loi portant création du département du Val-de-Marne à compter du 1er janvier 1968

      C'est la ville de Créteil qui est choisie comme chef-lieu du nouveau département.

    • 1965 - Désignation par le ministère des Affaires culturelles des architectes de la future cité administrative à construire à Créteil

      L'agence désignée pour la construction du bâtiment destiné au palais de justice est celle qui associe Daniel Badani (1914-2006) et Pierre Roux-Dorlut (1919-1995). La portion de terrain choisie pour le palais se situe au nord-ouest du site général d'implantation de la future cité - qui comprend également la préfecture et les archives départementales -, en bordure de l'autoroute de rocade A86 et du chemin des Mèches et bien desservi par les transports en commun. Le secteur, principalement dédié à l'habitation, prend bientôt le nom de "quartier du palais".

    • 1968 - Lancement des études

    • avril 1969 - Validation du premier projet architectural par le Conseil général des bâtiments de France

    • 1971 - Abandon du premier projet

      Le ministère de la Justice réclame une nouvelle étude basée sur un programme à la surface moins importante.

    • 18 février 1975 - Délivrance du permis de construire et lancement immédiat du chantier de construction

      La longue gestation de ce second projet s'explique en raison de difficultés budgétaires persistantes.

    • janvier 1978 - Mise en service

    • 14 février 1978 - Inauguration officielle

      Le palais de justice de Créteil a été inauguré par le garde des Sceaux, ministre de la Justice (Alain Peyrefitte).

  • Personnes liées à l'établissement

      BADANI, Daniel

      Dates : 1914-2006

      Statut : architecte


      Biographie

        Né à Vincennes en 1914, Daniel Badani se forme à l'architecture à l'École des beaux-arts de Paris (promotion 1934, ateliers Patouillard-Demoriane et Expert, diplômé en 1941). En 1946, il s'associe avec Pierre Roux-Dorlut (1919-1995). Leur agence, généraliste (équipements scolaires et universitaires, hôpitaux, grands ensembles de logements, immeubles de bureaux...), s'illustre en France et en Afrique noire. Habitués de la commande publique, les deux architectes participent, pendant les Trente glorieuses, aux grands chantiers urbains et architecturaux de l'Île-de-France. Dans le domaine judiciaire, ils réalisent le palais de justice d'Abidjan en Côte d'Ivoire et le palais de justice de Créteil en Val-de-Marne (1965-1978). La carrière de Jean Badani, devenu architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux en 1956, est couronnée dès 1965 par un siège à l'Académie d'architecture.

        Pour en savoir plus :

        Badani-Roux-Dorlut, Paris, Score, 1976, 72 p.

        DELHUMEAU Gwenaël et LEMONIER Aurélien (dir.), Badani, Roux-Dorlut, architectes : la conquête du milieu, Orléans, Éditions HYX, 2016, 175 p.

        Fiche biographique dans la base AGORHA.

      BADANI, Daniel, (architecte) (1914-2006)

      GUARICHE, Pierre

      Dates : 1926-1995

      Statut : artiste


      Biographie

      GUARICHE, Pierre, (artiste) (1926-1995)

      HALF, Hervé

      Dates : 1955-2016

      Statut : artiste


      Biographie

        Formé à la peinture et à la sculpture à l'École des beaux-arts de Paris (1973), Hervé Half se spécialise dans le travail du métal. Un de ses panneaux monumentaux en aluminium anodisé (71 m²) est acheté par l'État en 1980 pour la grande salle des assises du palais de justice de Créteil.

        Pour en savoir plus :

        http://www.hervehalf.fr/

         

      HALF, Hervé, (artiste) (1955-2016)

      OLSON, Bengt

      Dates : né en 1930

      Statut : artiste


      Biographie

        Artiste peintre suédois, Bengt Olson est l'auteur de nombreuses œuvres monumentales en France et en Suède. Collaborateur régulier des architectes Daniel Badani et Pierre Roux-Dorlut, il a notamment réalisé la sculpture murale monumentale de la façade sud du bâtiment bas du palais de justice de Créteil (1978).

        Pour en savoir plus :

        BONNEFOI Geneviève, Bengt Olson : peintures, dessins, architecture (1950-1998) [catalogue de l'exposition présentée du 6 juin au 30 septembre 1998 à l'Abbaye de Beaulieu, Centre d'art contemporain], Ginals, Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue, 1998.

        RAGON Michel, Bengt Olson : art et architecture [catalogue de l'exposition présentée à la Galerie Daniel Gervis du 29 octobre au 29 novembre 1969], Paris, S.M.I., 1969.

      OLSON, Bengt, (artiste) (né en 1930)

      ROUX-DORLUT, Pierre

      Dates : 1919-1995

      Statut : architecte


      Biographie

        Né au Puy-en-Velay en 1919, Pierre Roux-Dorlut se forme à l'architecture à l'école régionale de Lyon (promotion 1939, atelier Garnier) avant de terminer son cursus à l'École des beaux-arts de Paris (transfert 1943, ateliers Gromort, Beaudouin, Defrasse et Hilt, diplômé en 1944). Alors qu'il est retourné exercer dans sa région natale, il s'associe en 1946 avec Daniel Badani (1914-2006). Leur agence, généraliste (équipements scolaires et universitaires, hôpitaux, grands ensembles de logements, immeubles de bureaux...), s'illustre en France et en Afrique noire. Habitués de la commande publique, les deux architectes participent, pendant les Trente glorieuses, aux grands chantiers urbains et architecturaux de l'Île-de-France. Dans le domaine judiciaire, ils réalisent le palais de justice d'Abidjan en Côte d'Ivoire et le palais de justice de Créteil en Val-de-Marne (1965-1978). Parallèlement à ses activités constructives, Pierre Roux-Dorlut, devenu architecte en chef des Bâtiments civils et palais nationaux, mène également une carrière d'enseignant à l'école des beaux-arts de Montpellier (1948-1954) et de conseiller auprès du ministère de la Construction (1960-1966) avant de siéger à l'Académie d'architecture à partir de 1975.

        Pour en savoir plus :

        Badani-Roux-Dorlut, Paris, Score, 1976, 72 p.

        DELHUMEAU Gwenaël et LEMONIER Aurélien (dir.), Badani, Roux-Dorlut, architectes : la conquête du milieu, Orléans, Éditions HYX, 2016, 175 p.

        Fiche biographique dans la base AGORHA.

      ROUX-DORLUT, Pierre, (architecte) (1919-1995)

      SABATIER, Pierre

      Dates : 1925-2003

      Statut : artiste


      Biographie

        Né à Moulins en 1925, Pierre Sabatier monte à Paris après la Seconde Guerre mondiale pour se former à la sculpture à l'École des Arts décoratifs et à l'École des beaux-arts. Sa carrière débute au moment de la mise en place du « 1 % artistique » qui va lui assurer de nombreuses commandes publiques. Compagnon de route des architectes des Trente Glorieuses, influencé par Le Corbusier, il réalise de grandes compositions murales en céramique et mosaïque avant de se tourner vers le métal et finalement le béton à partir des années 1980. Pierre Sabatier est notamment l'auteur de la Porte de l'espoir, porte d'entrée monumentale conçue en acier et étain oxydé pour le palais de justice de Créteil (1978).

        Pour en savoir plus :

        ORGEVAL Domitille d', Pierre Sabatier, sculpteur, Paris, Norma, 2011, 215 p.

      SABATIER, Pierre, (artiste) (1925-2003)

  • Statistiques
  • Ressources

    • Bibliographie
      • « Le palais de justice de Créteil », in Ministère de la Justice - Direction de l'administration générale et de l'équipement - Sous-direction de l'équipement, Architecture et justice : deux siècles d'évolution, [Paris], Ministère de la Justice, 1988, p. 15.

        BALLÉ Catherine, BASTARD B., EMSELLEM D., GARIOUD G., Le changement dans l'institution judiciaire : les nouvelles juridictions de la périphérie parisienne, Paris, La Documentation française, 1981.

        BROUSSE Julien, Les bâtiments de justice [mémoire sous la direction d'Arnaud Sompairac], Paris, École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville, 2000, 78 p.

        DEVEDJIAN Jocelyne, « Les palais des Trente Glorieuses. La construction neuve des années 1960 à nos jours », in Monuments historiques, n° 200 [numéro spécial Les palais de justice], janvier-février 1996, p. 58.

        JACOB Robert et MARCHAL-JACOB Nadine, « Jalons pour une histoire de l'architecture judiciaire », in Association française pour l'histoire de la Justice, La Justice en ses temples. Regards sur l'architecture judiciaire en France, Paris, Éditions Errance / Poitiers, Éditions Brissaud, 1992, p. 63 et 65.

        MADRANGES Étienne, Les palais de justice de France : architecture, symboles, mobilier, beautés et curiosités, Paris, LexisNexis, 2011, p. 247 et 509.

        MOREL JOURNEL Guillemette, Les années 70 à Créteil [catalogue d'exposition], Choisy-le-Roi, CAUE du Val-de-Marne, 1991, 24 p.

        MONNIER Gérard, L'architecture moderne en France (tome 3 : De la croissance à la compétition (1967-1999), Paris, Éd. Picard, 2000, p. 39.

        MOULIN Laure-Estelle, Pour une histoire de l'architecture judiciaire en France depuis 1958. Inventaire des opérations, étude de cas [mémoire de DEA d'histoire de l'architecture moderne et contemporaine, sous la direction de Gérard Monnier], Paris, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 2002, p. 104-105.

        VIRAMASSY Catherine, Guide de l'architecture du Val-de-Marne, Paris, Carré / CAUE du Val-de-Marne, 1992, p. 35.

         


    • Archives
      • ARCHIVES MUNICIPALES DE CRÉTEIL

        Série W

        1056 W 2 : Dossier de coupures de presse relatives au palais de justice (1972-1978), brochure de présentation du bâtiment (ca. 1978).

        1389 W 2621 : Dossier de permis de construire. Pièces écrites, correspondance, dossier de plans (plan-masse, plans de niveaux, coupes, élévations) (1974-1975).

        1389 W 3079 : Dossier de permis de construire modificatif (aménagements intérieurs de sécurité). Pièces écrites, correspondance(1977-1978).

        Série Fi : documents figurés

        non coté : Vues de la maquette, du chantier et du bâtiment terminé (n.d.).

        CENTRE D'ARCHIVES D'ARCHITECTURE DU XXe SIÈCLE - CITÉ DE L'ARCHITECTURE ET DU PATRIMOINE - INSTITUT FRANÇAIS D'ARCHITECTURE

        133 IFA 23/5 : CV de Daniel Badani et de Pierre Roux-Dorlut avec liste de références.