Prison de la Conciergerie de Paris

Référent : Diane Roussel  - Publié le 16/03/2026  - Dernière modification le 16/03/2026

Contributeurs : Léo Cardot, Alexis Marques, Sophie Victorien, Idriss Chaïr



Façade en front de Seine de la Conciergerie vue depuis le Pont au Change (2025)
Source : © Idriss CHAÏR
Le Palais de la Cité, Israël Silvestre, d'après Jean Boisseau, n.d. (avant 1691)
Source : wikipédia
Première horloge publique de Paris installée sous Charles V sur la façade du Palais (2025)
Source : © Idriss CHAÏR
La salle des Gens d’armes (2025)
Source : © Idriss CHAÏR
Plan détaillé de la Cité dédié à Messire Louis Basile de Bernage conseiller d'état prévôt des marchands et à messieurs les échevins de la ville de Paris (détail), Jean Delagrive, 1754
Source : Gallica/BnF
La Veuve Capet au tribunal révolutionnaire : le 23 du 1er mois, l'an 2.e de la République, Anonyme, 1793
Source : Gallica/BnF

Adresse :

2, boulevard du Palais
PARIS

Ouvert au public : Oui

  • Identité
    • Localisation : France, Paris
    • Site internet : https://www.paris-conciergerie.fr/decouvrir/histoire-de-la-conciergerie

    • Date de Construction : 1296 – 1914
    • Particularités :

      Cette fiche est issue d'un travail effectué par les étudiantes et les étudiants du Master Histoire de l'Université Gustave Eiffel, dans le cadre du séminaire "Lieux de pouvoir : lieux de justice en ville", coordonné par Diane Roussel (2024-2025).

      La Conciergerie et la Sainte-Chapelle, chefs-d'œuvre de l’art gothique, sont les derniers vestiges du Palais de la Cité, érigé au Moyen Âge sur les fondations d’une ancienne forteresse gallo-romaine. Palais aux mille visages, il n’a cessé de se transformer au fil des besoins et des aléas — inondations, incendies — demeurant un haut lieu du pouvoir monarchique.         

      Le Palais de l’île de la Cité devient le siège de l’État sous le règne de Philippe IV (1285-1314) qui entreprit de vastes travaux d'agrandissement pour accueillir le Parlement – chargé des affaires judiciaires, la Chambre des comptes – responsable des questions financières, et le Conseil du roi – dédié à la conduite de la politique du royaume. Le Parlement, sans doute l’institution la plus importante des trois, siégea au nord-ouest du palais, dans la Grand’Salle, édifiée entre 1302 et 1305, au-dessus de la salle des Gens d’armes et de la salle des Gardes, qui faisait alors office d’antichambre. Les tours d’Argent et de César, ainsi que les galeries attenantes, abritèrent quant à elles l’administration du Parlement de Paris.

      Charles V (1364-1380) délaissa le Palais de la Cité au profit de la forteresse du Louvre, qu’il fit réaménager. Toutefois, le Palais de la Cité demeura l’un des centres les plus importants du pouvoir monarchique, puisque le Parlement et l’administration royale y résidaient encore. La gestion des lieux fut confiée au concierge, qui reçut à cette occasion des pouvoirs de moyenne et de basse justice. Les parties basses du palais – sous la grosse tour, la galerie Mercière et les tours d’Argent et César – furent affectées à des fonctions de détention, et c’est à partir de cette époque que le lieu prit le nom de Conciergerie. Située au cœur de la ville, la Conciergerie revêtit une importance symbolique en raison de son installation au sein d’un espace accueillant de prestigieuses instances judiciaires et administratives.

      La majorité des détenus de la Conciergerie étaient des prisonniers de droit commun. Il existait une grande diversité de profils parmi eux : prisonniers pour dettes, prévenus jugés en première instance et personnes en appel devant le Parlement. Bien qu’ayant été un lieu d’enfermement, la Conciergerie demeura avant tout un espace d’attente avant le jugement, où la plupart des détenus ne restaient que quelques heures ou quelques mois. La société carcérale de la Conciergerie reproduisait, à plus petite échelle, la société d’Ancien Régime ; l’organisation interne privilégia la position sociale et la richesse. Les plus pauvres étaient enfermés à plusieurs dans des cellules appelées « pailles », dépourvues de tout mobilier. Ils devaient dormir à même le sol, sur un peu de paille. Les détenus plus aisés pouvaient, quant à eux, accéder à un minimum de confort en louant des cellules appelées « pistoles ». Ces cellules, équipées d’un lit sommaire, accueillaient généralement quatre prisonniers. Les plus riches bénéficiaient d'un traitement privilégié en pension ou en demi-pension, ils occupaient des cellules individuelles et jouissaient de certains avantages – envoi de courrier, installation de mobilier personnel, etc.

      Utilisée comme lieu d’enfermement dès la toute fin du XIVe siècle, la Conciergerie ouvre une nouvelle page de son histoire au moment de la période révolutionnaire. Lorsque le Tribunal Révolutionnaire s’installa en mars 1793 dans le Palais de la Cité, la Conciergerie devint très vite un lieu assez funeste par la dégradation des conditions d’emprisonnement – promiscuité et insalubrité. Répartis selon leur genre et leur classe sociale, les prisonniers et prisonnières furent, au printemps 1794, jusqu’à 600. Objet de nombreux travaux de réaménagement après la Révolution, la Conciergerie demeura longtemps une prison, mais perdit en importance, passant d’un rôle central au sein du réseau carcéral parisien à une position secondaire dans le courant du XIXe siècle. C’est aussi au cours du premier quart de ce siècle que cette dernière devient en partie un lieu de mémoire monarchique et contre-révolutionnaire. À son arrivée au pouvoir, Louis XVIII fit ériger une chapelle expiatoire en hommage à Marie-Antoinette, mise en place dès 1816. Le titre de monument historique lui est accordé en 1862 et l’édifice ouvre au public à partir de 1934.

      • Site classé monument historique en 1862.
      • Site inscrit en 1991 sur la liste du Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO : "Paris, rives de la Seine".
      • Site inscrit sur la liste des domaines nationaux par le décret n°2021-1174 du 10 septembre 2021.
    • Statut patrimonial : classé monument historique, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO
    • Référence Mérimée (Monuments historiques)

    • Fonctions :
      • 1391 À 1934 : - Prison

      • 10 mars 1793 À 31 mai 1795 - Lieu de la justice révolutionnaire

  • Dates-clés
    • 1/01/1226 - 1270 - Saint-Louis fit agrandir le logis royal et construisit la Sainte Chapelle, le trésor des Chartes, la galerie Mercière, la salle sur l’eau et la tour Bonbec.

    • 1314 - Installation du Parlement au Palais de la Cité.

    • 11 mars 1345 - 0rdonnance de Philippe VI structure et stabilise le Parlement comme institution royale.

    • 1371 - Charles V fait installer sur la tour carrée au nord-est du palais la première horloge publique de Paris.

    • 1618 - La salle haute de la Conciergerie est complètement détruite à la suite d’un incendie.

    • 1622 - Reconstruction de la Grand’Salle par l’architecte Salomon de Brosse.

    • 11 janvier 1776 - À la suite d’un incendie qui ravage une partie du Palais de la Cité, la Conciergerie est réaménagée et un quartier de détention pour femmes est créé.

    • 1/09/1793 - Adoption de la “loi des suspects”. Le pouvoir ordonne l’arrestation de tous les ennemis de la République (“ennemis du peuple”). S’ensuit un progressif transfert des prisonniers de Paris et de province vers la Conciergerie.

    • 16 novembre 1793 - Après avoir été incarcérée dans la prison du Temple avec l’ensemble de la famille royale le 13 août 1793, Marie-Antoinette est finalement transférée dans la nuit du 1er au 2 août 1793 dans une cellule spéciale de la Conciergerie.

    • 10 juin 1794 - Après la loi du 22 prairial an III instaurée par les membres du comité de Salut public, les inculpations se multiplient et la Conciergerie est surpeuplée de prisonniers. Cette même année, la Conciergerie compte jusqu’à 600 prisonniers et prisonnières.

    • 1812 - 1815 - L’architecte Antoine Marie Peyre est le maître d'œuvre de plusieurs restaurations pour le palais. Il fait aussi ériger une chapelle commémorative au niveau de l’emplacement du cachot de Marie-Antoinette.

    • 1815 - 1848 - Le Palais demeure un lieu de justice mais n’appartient plus à la Couronne durant la Restauration.

    • 1846 - Victor Hugo est autorisé à visiter la Conciergerie (https://criminocorpus.org/fr/ref/25/18973/).

    • 1862 - La Conciergerie est classée monument historique.

    • 1868 - 1879 - Joseph Louis Duc fait restaurer les parties médiévales de la Conciergerie.

    • 24 mai 1871 - La Conciergerie est incendiée par les Communards, les travaux sont ainsi interrompus. Une partie du Palais est aussi touchée.

    • XIXe siècle - Reconstruction par Luc et Honoré Daumet qui dure une vingtaine d’années. Les bâtiments de la Cour de cassation sont achevés en 1888.

    • 1910 - crue historique de la Seine, le 13 janvier la Seine atteint 7,92 mètres, la salle des Gens d’armes et la salle des Gardes sont inondées.

    • 1914 - Ouverture partielle de la Conciergerie au public.

    • 1934 - L’activité carcérale est suspendue et le monument est ouvert à la visite.

    • 1989 - Un parcours de visite est aménagé à partir de reconstitutions historiques à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française.

    • 2016 - Réaménagement du parcours dédié à la Révolution dans la Conciergerie.

  • Personnes liées à l’établissement

      DAMIENS, Robert-François

      Dates : 1715-1757

      Statut : détenu-e


      Biographie

        Né en 1715 à La Thieuloye, près d’Arras, dans une famille modeste, Robert-François Damiens est surnommé « Robert le Diable » en raison de son tempérament instable. Il travaille comme domestique auprès des jésuites, puis au service de plusieurs magistrats du parlement de Paris, où il est exposé à des discours critiques à l’égard de l’absolutisme – des idées qui semblent avoir nourri son ressentiment à l’égard du roi. Le 5 janvier 1757, à Versailles, Damiens profite d’un moment d’inattention des gardes pour frapper Louis XV d'un coup de canif alors que le souverain s’apprête à monter dans son carrosse pour aller à Trianon. La blessure, bien que superficielle, atteint néanmoins la personne sacrée du roi. Damiens est immédiatement arrêté. Son geste, isolé, n’est motivé ni par un complot ni par une idéologie claire. Son procès s'ouvre en février 1757. Accusé de « parricide sur la personne du roi » – un crime défini dans les mêmes termes que celui de Ravaillac en 1610 – Damiens subit à la Conciergerie plusieurs interrogatoires et des tortures destinées à lui arracher l’aveu de l'existence de complices, mais il persiste à affirmer avoir agi seul.

        Le 28 mars 1757, il est condamné à mort par le Parlement et subit un supplice d'une extrême brutalité : sa main droite est brûlée, son corps tenaillé, puis aspergé de plomb fondu et d’huile bouillante, avant d’être écartelé sur la place de Grève. Ce supplice – dernier écartèlement de l’histoire de France – dure plus de deux heures et soulève l’indignation d'une opinion publique de plus en plus marquée par les idées des Lumières, qui dénoncent une justice archaïque et cruelle. Après son exécution, les autorités s’emploient à effacer toute trace de Damiens : sa maison natale est rasée, sa famille bannie et contrainte de changer de nom.

         

        QUÉTEL Claude, « On a voulu tuer Louis XV », L’Histoire, janvier 2007, n° 316, p. 23-24.

        THELLIEZ Berthe, L’homme qui poignarda Louis XV, Robert François Damiens, Paris, Tallandier, 2002, 178 p.

      DAMIENS, Robert-François (détenu-e) (1715-1757)

      HABSBOURG-LORRAINE, Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de

      Dates : 1755-1793

      Statut : détenu-e


      Biographie

        Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine, née le 2 novembre 1755, est la onzième fille de Marie-Thérèse, souveraine des Habsbourg. Après avoir grandi à Vienne, elle renonce à ses droits sur les couronnes autrichiennes et épouse Louis XVI en avril 1770, devenant dauphine de France. Elle accède au trône le 10 mai 1774 après la mort de Louis XV. Lors de la Révolution française, la famille royale est contrainte de s’installer aux Tuileries après la prise de Versailles en octobre 1789. Tentant de fuir en juin 1791, elle est arrêtée à Varennes et placée sous surveillance aux Tuileries jusqu’à leur prise le 10 août 1792. Par la suite, Marie-Antoinette est emprisonnée au Temple avec sa famille. Après l'exécution de Louis XVI en janvier 1793, son propre procès débute. Quelques mois plus tard, le 2 août vers une heure du matin, elle est transférée à la Conciergerie. Dans cette prison, Marie-Antoinette se voit aménager une cellule particulière qui donne sur la cour des Femmes. Face aux projets de libération, elle est déplacée au niveau de l’actuelle chapelle commémorative érigée en 1815. Le 14 octobre, Marie-Antoinette est officiellement accusée de trahison et d’avoir eu des relations incestueuses avec son fils. Elle est condamnée à mort et est guillotinée le 16 octobre 1793.

         

        DE PARSEVAL Béatrice, MAZEAU Guillaume, La Conciergerie : Palais de la Cité, Paris, Éditions du Patrimoine, Centre des monuments nationaux, coll. Itinéraires, 2019, 63 p.

        PETITFILS Jean-Christian, Marie-Antoinette. Dans les pas de la reine, Paris, Perrin, p. 298.

        VIAL Charles-Eloi, Marie-Antoinette, Paris, Perrin, p. 720.

      HABSBOURG-LORRAINE, Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de (détenu-e) (1755-1793)

      RAVAILLAC, Jean-François

      Dates : v. 1578-1610

      Statut : détenu-e


      Biographie

        Jean-François Ravaillac, né vers 1577 à Angoulême, était un homme animé d'une profonde ferveur religieuse. À l'âge de 18 ans, il quitte sa ville natale pour rejoindre Paris, où il y demeura pendant six années dans l'espoir d'entrer dans les ordres, mais ses démarches restent vaines. C'est au cours de cette période que Ravaillac développe la conviction que le roi Henri IV constitue une menace pour la foi catholique, notamment en raison de son alliance supposée avec les protestants contre l'Espagne. Se croyant investi d'une mission divine, il se rend à Paris en 1610, déterminé à passer à l'acte. Le 14 mai, profitant d'un embouteillage rue de la Ferronnerie, il parvient à approcher le carrosse royal et assène deux coups de couteau mortels au roi. Arrêté, il est conduit à la Conciergerie, où il subit interrogatoires et tortures sans jamais révéler l'existence de complices. Le 27 mai, le parlement de Paris le reconnaît coupable de crime de lèse-majesté. Il est condamné à l'écartèlement en place de Grève, un supplice exemplaire, tandis que sa famille est frappée d'infamie.

         

        AMSON Charles, AMSON Daniel, MOORE Jean-Gaston, JANVILLE Thomas, « Ravaillac, ou le procès du fanatisme », in Thomas Janville (dir.), Les grands procès, Paris, Presses Universitaires de France, 2007, p. 82-93.

        PETITFILS Jean-Christian, « A-t-on armé le bras de Ravaillac ? », in Jean-Christian Petitfils (dir.), Les énigmes de l'histoire de France, Paris, Perrin, coll. Tempus, 2021, p. 93-111.

      RAVAILLAC, Jean-François (détenu-e) (v. 1578-1610)

  • Statistiques
  • Ressources
    • Musée Criminocorpus

    • Bibliographie
      • ABDELA Sophie, La prison parisienne au XVIIIe siècle. Formes et réformes, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2019, 309 p.

        CÉDELLE-JOUBERT Laure, La conciergerie, une prison pendant la Révolution (1789-1793), Thèse, École nationale des chartes, Paris, 1996, 3 vol. (200, 155, 147 p.).

        DÉGEZ Camille, « Un univers carcéral (XVIe-XVIIe siècles). La prison de la Conciergerie et sa société », Positions des thèses de l’École Nationale des Chartes, [En ligne], 2005, consulté le 27/04/2025. URL : http://theses.enc.sorbonne.fr/document947.html. thèse 2013

        DE PARSEVAL Béatrice, MAZEAU Guillaume, La Conciergerie : Palais de la Cité, Paris, Éditions du Patrimoine, Centre des monuments nationaux, coll. Itinéraires, 2019, 63 p.

        PITOR Adrien, « Habiter la Conciergerie. S’approprier l’environnement carcéral au XVIIIe siècle », Criminocorpus, [En ligne], 23, mis en ligne le 15 septembre 2023, consulté le 27/04/2025. URL : https://journals.openedition.org/criminocorpus/13175#ftn66 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.13175

        POTIN Yann, « Les rois en leur palais de la cité », in BOVES Boris, GAUVARD Claude (dir.), Le Paris du Moyen Âge, Paris, Belin, 2018, p. 77-94.